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Commentaires: 1
  • #1

    Merlet Alain (mercredi, 08 juin 2016 16:40)

    Extrait du "Chien" - nouvelle fantastique de Tourgeniev - 1880

    " je me couche ; je souffle ma bougie... , voilà que ça remue sous le lit. Qu'est-ce que c'est ? Des souris? Non, ce n'est pas des souris. Ça se gratte, ça marche, ça gigote, ça se secoue les oreilles. C'est clair : c'est un chien ; mais d'où vient-il, ce chien ? Je n'en ai pas. Je me dis : il faut que soit quelque chien perdu. J'appelle mon domestique. Filka ! Il vient avec une lumière. « Qu'est-ce donc que cela ? que je lui dis, mon pauvre Filka, tu ne fais jamais attention à rien ! Il y a un chien caché sous le lit. — Un chien? qu'il dit. Quel chien?—Est-ce que je sais, moi ? que je lui dis. C'est ton affaire à toi de procurer des embêtements à maître. » Voilà Filka qui se baisse et regarde sous le lit avec la chandelle. « Il n'y a pas plus de chien que sur ma main, » qu'il me dit. Je me baisse : en effet, pas chien. Quelle farce ! Je lui fais les gros yeux. Filka se met à rire.—« Imbécile, que je lui dis, qu'as-tu à te mordre les lèvres ? Le chien, quand tu as ouvert la porte, aura passé et filé par l'antichambre. » ... je lui dis de sortir, je me mis en boule, et cette nuit-là, je n'entendis plus rien.
    Mais la nuit suivante, figurez-vous : tout recommence. A peine ai-je soufflé la bougie, le voilà qui secoue ses oreilles. ... Feu ! au diable ! voilà le chien. C'est bien un chien. Je l'entends respirer, se mordiller dans son poil, chercher ses puces... N'y a pas à dire... « Filka ! je lui crie, viens ici sans chandelle. Il vient. — Eh bien ? Entends-tu ? — J'entends, qu'il dit, mais Je ne vois rien ... mais je comprends, à sa voix, que le garçon a peur. — Eh bien ! comment expliques-tu cela ? je lui dis. — Comment monsieur veut-il que je l'explique ? C'est une tentation... une diablerie. — Veux-tu bien te taire, gredin ! que je lui dis, avec tes diableries !... » Mais tous les deux nous n'avions plus qu'un filet de voix ; nous tremblions comme si nous avions eu la fièvre... Nous étions sans lumière. J’allume ma bougie : plus de chien ; plus de bruit ; plus rien que moi et Filka, tous les deux blancs comme linge. De sorte que je laissai brûler la bougie toute la nuit jusqu'au matin. "

    Extrait de "Le Chien" (1880) - de Tourgeniev (1818-1883) - Nouvelles moscovites (4e éd.) /
    Éditeur : J. Hetzel (Paris) Mérimée, Prosper (1803-1870). Traducteur